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Just A Flic
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18 janvier 2008

Le Bleu

Un petit jeunot tout frais sorti de l'école de Gardiens est arrivé dans ma Brigade (suis Chef de Brigade Moi Monsieur! I've Got The Power! Enfin... T'es rien sans tes p'tits gars alors calme toi Martine... ). Je l'aime bien ce petit Bleu. Il est tout jeune (je frise la trentaine, mon chignon commence à faire la gueule, j'ai des rides qui poussent, mon vocabulaire s'est considérablement enrichi en grossièretés, mais je n'ai pas encore de cheveux blancs. Ouf! Sauvée...), il a en lui cette flamme intacte qui l'a poussé à devenir Flic (faut pas s'leurrer, pour beaucoup, cette flamme s'est réduite à l'état de petit charbon tout noir et rabougri), il a la volonté de bien faire, de sauver la veuve et l'orphelin, et d'être digne de la fonction qu'il occupe. Moi, je dis qu'un p'tit Bleu, bah ça requinque un chouilla. Ça t'oblige à faire des contrôles routier pendant trois plombes sous la flotte, à remettre le nez dans tes codes pour pas avoir l'air d'une idiote quand il te pose des questions telles que "c'est quoi l'article pour le piéton qui traverse en dehors du passage protégé?" et "c'est quoi les articles qui réglementent la presse?"  (si si... des fois, je me cache, et je pleure...), et à remettre ton  nez dans le code de conduite parce que c'est toi qui conduit, vu que le Bleu a pour instruction suprême de ne pas toucher le volant de la caisse Danone tant qu'il n'aura pas signer son arrêté de titularisation. Bref, ça fouette le sang, ça donne un coup de jeune et ça fait perdre des kilos parce que le Bleu il veut découvrir tout MartineLand, du haut du château d'eau au fin fond des caves (smiley qui agonise...).

Je me rappelle mon premier mort. Ça fait tout drôle son premier mort. J'en parlerai une autre fois, mais être confronté à la mort en tant que Flic, c'est... déroutant. Mon p'tit Bleu, ça lui a fait tout drôle. Il a été profondément touché.
A la suite d'un appel radio, nous nous sommes rendus dans un petit centre commercial pour une personne en arrêt cardio-respiratoire. Quand nous sommes arrivés, les pompiers étaient déjà sur place. Le magasin avait été fermé par le personnel par respect pour l'intimité de la victime. Une femme râlait devant le magasin parce qu'elle avait besoin d'acheter des huîtres, et elle s'est faîte rembarrée illico par la caissière qui montait la garde devant l'entrée. Nous sommes entrés, et nous avons vu les pompiers s'échiner sur une personne âgée, allongée au sol entre le stand de carottes/pommes de terre/poireaux et celui des haricots/pois/potiron. Ce pauvre Monsieur avait les yeux ouverts, et son corps tressaillait sous les assauts répétés du pompier à califourchon pour lui faire le massage cardiaque.
Je me suis mise dans un petit coin, laissant les pompiers rejoints par le SMUR, prodiguer les soins urgents. Nous ne sommes pas pressés nous! Le plus important, c'est la victime. On aura bien le temps de récupérer les papiers après.

C'est glauque... Ce pauvre homme est venu faire ses derniers achats pour le réveillon. Il ne s'attendait certainement pas à s'écrouler au milieu d'un rayon de légumes, sur le sol froid et humide d'un petit magasin. C'est glauque, ça me fait de la peine, mais la vie est triste et injuste alors ça ne me remue pas plus que ça. J'ai l'intime conviction qu'il va mourir: l'électro reste désespérement plat malgré la bonne demi-heure de massage cardiaque.
Je jette un coup d'oeil à mon collègue. C'est marrant comme l'on peut se comprendre d'un regard avec les collègues qui bossent depuis un moment avec toi! Un petit signe de tête pour savoir si ça va (suis une vraie mère pour eux... y'en a même un qui m'appelle Môman), il me répond pour l'affirmative mais me fait signe en direction du petit Bleu caché derrière le poteau. Je vais le voir. Il est pâle, à le regard fixé sur le corps étendu de la victime qui a toujours les yeux ouverts. Pour moi, cette intervention est banale. pour lui, c'est la première fois qu'il est confronté à la mort. D'ailleurs, ça pue la mort ici: elle rode.
Je l'attrape par la manche et l'entraîne de l'autre côté afin qu'il n'ai plus à regarder la victime. Mon p'tit Bleu a les larmes aux yeux. Il me dit que c'est dur, que c'est injuste de mourir ici, comme ça, anonymement, loin des siens, au milieu des patates et des carottes, un jour de réveillon. Il me dit qu'il a perdu deux membres de sa famille ces six derniers mois, et qu'il ne sait pas la façon dont il aurait réagi s'il avait appris qu'ils étaient morts comme le petit vieux, comme un chien. Il me dit qu'il est désolé, tout en se retenant de pleurer.

Alors je tente de lui expliquer que notre rôle à nous, c'est d'être auprès de lui pour qu'il n'ait pas à mourir comme un chien, que tout de suite maintenant, il n'est pas encore mort et que quoiqu'il arrive nous serons là pour trouver son nom et son prénom et ainsi aviser sa famille pour qu'il ne reste pas seul. Je n'ai pas les mots pour faire passer son chagrin, alors je lui explique que c'est normal, que moi aussi j'ai déjà laissé couler mes larmes sur une intervention, mais qu'il ne fallait pas oublier que nous étions des flics, et que s'il parvenait à surmonter sa peine pour faire son travail, alors il en ressortirai grandi et fier. Il a repris le contrôle de ses émotions, et je l'ai guidé doucement par quelques ordres afin qu'il se sente actif et essentiel: il en était de son devoir, et de son amour propre.

Le SMUR est parvenu à remettre le coeur de notre victime en mode "Fonctionnement", et elle a été conduite à l'hôpital, service réanimation. Qu'il était heureux mon Bleu!
- "T'as vu? Il n'est pas mort!"
- "Oui, c'est chouette ça! Allons, on n'a pas fini alors vite au boulot."
J'ai appelé le service réanimation le lendemain. Le petit vieux est décédé. Tout seul. Il n'avait pas de famille. Je n'avais pu joindre que son médecin traitant. Mais tout ça, je ne l'ai pas dit à mon Bleu... Il aura l'occasion, plus tard, de trouver que la vie est vraiment dégueulasse parfois...

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Commentaires
P
Vraiment très sympa ce blog ! Il est paru dans la Newsletter du journal 'Le Monde' ce matin : c'est le début de la gloire !<br /> En ce qui concerne les flics, une question m'a toujours taraudée et j'ai eu la réponse hier...<br /> Comme tout le monde le sait, la SNCF est toujours en grève.<br /> Les flics, eux, ont l'interdiction de faire grève.<br /> Y'a donc des fainéants de première (SNCF) et des types qui sont obligés de travailler plus que la moyenne et qui s'en prennent plein la gueule (les flics).<br /> Vous me suivez ? Oui ? Alors plus dur ! <br /> Quid de la Police Ferroviaire ?<br /> Fainéants ou pas ?<br /> Et bien la réponse est : ... fainéants...<br /> Et oui ! La Police Ferroviaire rassemble des agents de la SNCF, ils ont donc le droit de grève.<br /> D'ailleurs, j'ai déjà vu des flics ferroviaires mal rasés et avec la boucle d'oreille, ce qui, chez les flics, il me semble est proscrit...<br /> La Police Ferroviaire est donc une pâle copie de l'original, et c'est marrant, car je subodorais ce fait en les voyant ;)<br /> Sur ces pérégrinations, je vous laisse ;)<br /> Bon blog en tous cas, je reviendrai ;)<br /> A+ Martine.<br /> <br /> James (qui a une dent contre la SNCF. Pour plus de détails www.mestasdetrucs.com).<br /> Bonne continuation
J
C'est vrai qu'en cette circonstance, et, j'en suis sûr, dans de nombreuses autres, elle est sympa Martine.<br /> Pourquoi ne le serait-elle pas ? Et touchante en plus, avec ses problèmes d'âge de chignon et de rides. Ah les femmes !<br /> Flic, bien sûr que c'est dur, alors juste un petit encouragement d'un citoyen lambda, à ceux qui sont là et qui veillent, du mieux qu'ils le peuvent, à la sécurité de leurs semblables, fonction essentielle dans une société.<br /> Tu as l'âge de mes enfants ma fille, alors une pensée amicale pour toi et fais tout de même attention à toi dans l'exercice de tes fonctions.<br /> J'essaierai de passer te "voir" de temps en temps.<br /> <br /> A+<br /> <br /> Jim
M
1ere visite et je trouve ça sympa. Je repasserai
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